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LA « PHILOMENA » DE JEAN DE PECKHAM 201 Cette influence s'explique facilement, puisque les chants du rossignol, comme le grand nombre de manuscrits le prouve, étaient tres ré– pandus et ne manquaient pas dans les bibliotheques des monasteres; le ms. de Cambridge a été copié dans le couvent de St. Augustin a Canterbury au XIe siecle 24 ; les Carmina Burana ont été écrits vers 1300 dans le scriptorium d'un monastere inconnu 25 . Si l'influence des chants du rossignol se fait surtout sentir chez Peckham dans la mélodie et la terminologie, la structure de son poeme doit beaucoup a ce qu'il a lu sur les qualités du rossignol: « legi de te [Philomena] quaedam propria» (str. 4). Ces qualités sont mentionnées dans les str. 6-12. En méme temps nous rencontrons un texte semblable a celui de Peckham chez le poete flamand J acob van Maerlant (c.1220-1300), qui dit avoir lu les mémes qualités chez un certain savant «selc meester » 26 . 11 semble les avoir insérées dans sa traduction de De Naturis Rerum (c.1244) de Thomas de Cantrim– pré27. Le texte de Peckham ainsi que celui de van Maerlant, donne l'impression que la connaissance des qualités en question était si peu répandue, qu'ils croyaient devoir expressément faire appel a leur lecture: ils les trouvaient chez un anden écrivain peu connu, ou, ce qui est plus probable, chez un auteur contemporain. Pour Peckham le rossignol est l'oiseau de l'amour: le poete en– voie le rossignol chez un ami pour lui porter le message de l'amour (2-3). Ce symbole se spiritualise a tel point que cet oiseau devient fi'tme méme qui aime. Cette image se rencontre déja dans le poeme Clericus et Nonna 2 8, ou la femme est invitée par son amant. Cepen– dant celle-ci répond qu'elle veut chanter pour Dieu comme rossignol du Christ 29 . Dans les littératures islamiques et dans bien d'autres on trouve le theme de la Rose et du Rossignol, ou le rossignol représente aussi l'ame, qui se plaint de sa nostalgie devant la rose qui est le symbole de la beauté qui s'est recueillie en elle-méme. L'oiseau épan– che son amour en chants plaintifs et meurt enfin de la mort d'amourªº. Au XIIIe siecle l'Occident eut contact avec la littérature islamique. Que ce theme fút connu chez les poetes chrétiens et que Peckham en ait subí l'influence, ne semble pas impossible. Cependant on n'en 24 K. BREUL, op. cit., 23. 25 A. HILKA und 0. SCHUMANN, Carmina Burana, Heidelberg 1930-1941, 72-73. 26 Der Naturen Bloeme III, éd. J.H. Bormans 1857, 3241-3246. 21 Voir Neophil. 38(1954) 213-215. 28 BREUL, op. cit., n.35. 29 Neophil. 38(1954) 215-216. ao Annemie SCHIMMEL, Rose und Nachtigall, dans Numen 5(1958) 85-109.
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